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Le MOZART du hardrock : hommage à Eddie VAN HALEN

NOTE IMPORTANTE : ce qui va suivre est tiré d'un article que j'ai rédigé pour le blog de BRUCE LIT, spécialisé dans la bande dessinée et la pop-culture avec un petit côté rock. J'ai cependant repris l'article en l'étoffant avec des photos et des précisions que nous, guitaristes, pourrons davantage apprécier.

Au moment de rédiger cet article, nous sommes le 8 octobre 2020... J'avoue être encore sous le choc. Il m’a fallu digérer la nouvelle avant d’avoir le cran d’écrire cet article. C’est à la fois un immense honneur et une maigre compensation. Si je m'étais imaginé un jour devoir parler d’Eddie Van Halen, j'aurais préféré le faire dans d'autres circonstances que celle de son grand voyage. Sa contribution aux guitaristes actuels a été si forte que même un punk jouant très mal de la guitare, sait qui était Eddie.

Aujourd'hui, je n'ai pas envie de parler de Van Halen le groupe, mais plutôt d'Eddie, l'homme et le génie musical. Cet article sera d’ailleurs rédigé au travers du prisme du guitariste que je suis.

Le MOZART du hardrock : hommage à Eddie VAN HALEN

Edward Lodewijk VAN HALEN est né aux Pays-Bas, à Nijmegen, en 1955. Il grandit au pays avec son frère aîné Alex et ses parents jusqu'en 1962 lorsque son père Jan, clarinettiste professionnel, décide d'embarquer toute la famille pour les États-Unis. Ils s'installent à Pasadena en Californie.

Les années d'insouciance aux Pays-Bas

 

À l'école, c'est très dur car les frères Van Halen ne parlent pas anglais et ne savent dire que quatre mots : "yes, no, motorcycle, accident". C’est bien plus difficile à vivre pour le petit Edward, qui en gardera de mauvais souvenirs et développera une grande timidité. Pendant longtemps, lorsqu'on lui dira bonjour par "Hi", il répondra sobrement par un "Yeah" de peur qu'on se moque encore de son accent. Un tic qu’il gardera même adulte...

 

Pour changer les idées de ses marmots, Jan leur donne des cours de musique. Il leur apprend à jouer des instruments classiques : violon, piano, clarinette, etc. Eddie n'aime pas la rigueur et la discipline de l'apprentissage du piano. Il essaye la batterie et cela lui plaît bien.

 

La famille Van Halen n'est pas riche... Avec son frère Alex à la guitare, Eddie joue pendant l'entracte des concerts de leur père. Un jour, alors que Jan fait la quête dans le public pour encourager ses enfants, Eddie remarque le tas de billets dans le chapeau tendu aux gens et se dit qu'ils vont avoir un joli paquet de fric à se partager. Mais à la fin de la prestation, il ne reste plus que deux billets dans le chapeau. "Où est passé le reste de l'argent ?" demandent les frères. Comme réponse, Jan lance simplement "bienvenue dans le music-business les enfants !". Une leçon de vie que l'on n'oublie pas !

 

Un jour, Eddie rentre à la maison et découvre qu’Alex joue en cachette sur sa batterie depuis quelques temps. Ils décident d'échanger leurs instruments car Eddie aime la musique de Clapton, Hendrix, Jeff Beck et les Beatles. Il veut aussi essayer la guitare après avoir écouté un groupe nommé les Surfaris. Et là c'est le choc! Sa technique devient très vite excellente ! Comme il aimera le répéter plus tard "j'ai vraiment été béni de trouver ce pour quoi j'étais fait ! Peu de personnes savent quel est leur don et j'ai eu la chance de pouvoir trouver le mien avec la guitare électrique".

Edward, à ses 10 ans.

Après le lycée, il n’y a plus personne avec qui faire un peu de musique, alors Alex et Eddie continuent à jouer ensemble. Le travail à l’usine, ça ne leur dit rien, même si les fins de mois sont difficiles. Eddie ne se sent vraiment à l'aise que sur scène, et lorsqu'il joue, sa timidité s'envole. Donc, pas de choix possible, il faut continuer!

Eddie avec son béret et sa clope

Les deux frangins sont inséparables car tous leurs camarades de classe avec qui ils font de la musique, ont d’autres ambitions : devenir docteurs, avocats… De plus, la plupart sont de grands amateurs de jazz, et certains élèves se moquent d'eux, les traitant de «prostitués musicaux» par jalousie, car ils parviennent à jouer dans les clubs la nuit et arrivent à retourner à l’école le lendemain.

Alex à la batterie, et Eddie à la guitare

 

En 1971, Eddie regarde un concert de Led Zeppelin, et il remarque la façon dont le guitariste Jimmy Page fait un enchainement de hammer-on et de pull-off sur le manche. Cela lui donne l'idée d'essayer de frapper des notes sur le manche de sa guitare avec sa main droite ( celle qui gratte les cordes) pendant que sa main gauche joue d'autres notes, comme sur un piano. Cela lui permet de jouer à une vitesse absolument fulgurante. C'est ce que l'on appelle le « tapping ». Contrairement à la croyance populaire, ce n'est pas Eddie qui a créé cette technique ( c’est un italien, joueur de guitare classique nommé Vittorio Camardese, visible sur une vidéo datant de 1965), il l'a juste popularisé et amélioré à un niveau jamais connu auparavant. Mais Ed pensera sincèrement être le premier à l’amener à ce niveau-là.

 

La posture que tout le monde retiendra d'Eddie!

Pour mieux jouer avec cette technique, Ed n'hésite pas à apprendre à jouer avec le médiator tenu entre le pouce et le majeur, laissant libre son index pour mieux démarrer ses parties de tapping.

Les deux frangins sont inséparables car tous leurs camarades de classe avec qui ils font de la musique, ont d’autres ambitions : devenir docteurs, avocats… De plus, la plupart sont de grands amateurs de jazz, et certains élèves se moquent d'eux, les traitant de «prostitués musicaux» par jalousie, car ils parviennent à jouer dans les clubs la nuit et arrivent à retourner à l’école le lendemain.

En 1974, les deux frères Van Halen, lassés du classique et du baloche, décident de créer un groupe de pop-rock nommé « Mammoth ». Mais ils ont besoin d'un chanteur. Le gars qui leur loue la sono, un certain David Lee Roth, est auditionné et aussitôt engagé pour son timbre de voix, son assurance, et son exubérance. Un premier bassiste nommé Mark Stone les accompagnera, mais ne pouvant pas abandonner son poste d'enseignant, il sera vite remplacé par Michael Anthony. David dira que le nom du groupe n'est pas top, mais que le nom de famille des frères sonne plutôt bien. Et voilà comment le groupe est né officiellement.

 

Début 1977, Gene Simmons, bassiste de KISS, remarque rapidement le groupe. Excellent marchand de tapis, il persuade le groupe de déménager à New York pour les faire signer avec son management. Flattés d’être repérés par une telle pointure, les membres foncent tête baissée et font une cassette démo avec de l’argent que Gene leur donne. Ce dernier leur propose au passage de changer le nom de VAN HALEN par "Drop Dead Legs", mais le groupe refuse poliment.

Gene Simmons sans son maquillage de KISS!

Malheureusement, la mayonnaise ne prendra pas avec la maison de disque. Elle estime qu’il n’y a aucun potentiel dans les groupes de rock du moment, et que le Disco qui a le vent en poupe a un meilleur avenir financier.

Pour s’en sortir, le groupe devra courir le cacheton dans les bars. Il faut donc se faire remarquer, et pour ça enchaîner les concerts, jouer fort, faire du show, et que la guitare se fasse entendre.

Pour que personne ne devine comment il fait pour jouer aussi vite, Eddie fera ses soli de tapping guitare en étant dos au public. L'objectif est clair : se faire remarquer en déployant un max d’énergie! Mais rien n’y fait, toutes les portes des maisons de disques restent closes!

Mickael ANTHONY, David Lee ROTH, Alex VAN HALEN, Eddie VAN HALEN

Mickael ANTHONY, David Lee ROTH, Alex VAN HALEN, Eddie VAN HALEN

Le 2 février 1977, un soir de concert, un type nommé Ted Templeman les voit dans un bar-club nommé le Starwood. Il est littéralement soufflé par le groupe, mais surtout par Ed : "je me souviens de sa nonchalance mêlée à sa majesté. Il jouait de la guitare comme si c’était aussi naturel que respirer. On aurait dit le phrasé d’un saxophone joué par une guitare rock. J’avais déjà vu des tas de bons guitaristes dans ma vie, mais seuls Charlie Parker et Art Tatum m’avaient marqué. Et voilà que le troisième guitariste qui m’impressionne vraiment est là, devant moi : Eddie Van Halen !" Ça tombe bien car Ted bosse chez Warner Bros. Se précipitant en trombe dans la première cabine téléphonique disponible, il contactera son ingé-son favori pour enregistrer le groupe dans les plus brefs délais, et ses supérieurs pour faire signer le groupe de toute urgence ! C'est un gros coup pour VAN HALEN, car on n'entre pas aussi facilement dans l'écurie WARNER BROS, surtout pour du rock!

Pendant les sessions d’enregistrement du premier album, Ted essaye de coacher un maximum le groupe: «Ils étaient bons, mais pas complètement pro, sauf Eddie. David chantait avec une sacrée énergie, mais souvent faux, une vraie horreur selon les tonalités. Il a fallu vraiment du temps pour faire de bonnes prises. Mickael se débrouillait pas mal à la basse. Alex avait un jeu de batterie qui «flottait» un peu sur les temps mais on arrivait toujours à quelque chose de bien. Par contre, Ed jouait toujours, je dis bien TOUJOURS parfaitement en place, avec un groove que j'avais rarement entendu! »

Un jour, au détour d’un couloir du studio, Ted entend Eddie jouer une mélodie très rapide et mélodique, comme du Mozart ou du Wagner sous ecstasy. Il lui demande ce que c’est, "Oh ça ? C’est juste une ligne mélodique que j’ai inventé pour m’échauffer avant les concerts". Ted insistera lourdement pour enregistrer ce qui deviendra le légendaire "Eruption", véritable pierre angulaire des hardrockers et des métalleux. La première prise est déjà bonne! En 1 minute 43 secondes, le batave expose une pure leçon de guitare poussée à son paroxysme : tapping, bends, harmoniques, vibrato… le tout joué avec une flamboyance jamais entendue!

Ted exulte dès la fin de l’enregistrement de la piste! "On la garde!". Mais Ed bougonne un peu, disant "Je sais pas... Je pense que j'aurai pu faire mieux. Tu ne veux pas qu'on la refasse?". Mais Ted refuse, trouvant l'énergie de cet enregistrement formidable et communicative. Plus tard, Eddie repensera souvent à cet épisode, se demandant toujours si c'était une bonne solution de garder ce premier jet.

En 1978, sortira enfin l’album éponyme du groupe, qui marquera au fer rouge le monde du rock : plus costaud que Led Zeppelin et Deep Purple, plus technique, plus fort, plus énergique! Le monde du hardrock se retrouvera changé à jamais. Le fameux « Eruption », la reprise du tube des Kinks « You really got me », « Ain’t talking about love"... La machine était lancée et l'album est certifié disque de platine en 6 mois seulement!

En ce qui concerne le groupe, je vais m’arrêter là, car les biographies pullulent sur le net. Je vais plutôt m’attarder sur Eddie, l’être humain.

 

- Comme dit auparavant, Eddie était vraiment très timide aux débuts du groupe. Il lui fallait du temps avant d’oser commencer à parler avec quelqu’un. Mais il arrivait à cacher sa timidité derrière un franc sourire et une gentillesse reconnue par tous: "Je n’ai pas vraiment de compétences sociales. Je ne sais pas comment agir, ni me comporter face aux autres". Il sera très démonstratif avec son entourage proche, n’hésitant pas à serrer régulièrement dans ses bras les personnes qu’il aimait bien, ou à leur donner de l’argent. De bonnes connaissances, il en aura plein dans le music business, mais peu de véritable ami. Lorsqu'il rencontre l'actrice Valérie Bertinelli, et que la relation amoureuse commence à devenir sérieuse, il hésite à se marier avec elle par peur de ce que dira le reste du groupe. Il parlera beaucoup avec Ted Templeman qui sera un énorme soutien pour avoir confiance en lui à ses débuts.

 

-Pendant longtemps, personne n’a deviné qu’il ne savait ni lire, ni écrire la musique. Quand il apprenait le piano étant jeune, il n’arrivait pas à suivre correctement la partition et aligner ses doigts. Il a alors développé une audition très pointue par ses propres moyens. Cela ne l’a pas empêché de gagner 4 ans d’affilée le premier prix de concours de piano au lycée.

 

- Sur son attitude énergique, il dira souvent « Qui a envie de rester assis derrière un piano ? Je veux me défouler, faire le fou comme mes idoles de jeunesse ! Sauter, bouger, vivre quoi !» !

Eddie enregistre l'intro de "Jump"

- Aussi impensable que cela puisse paraître, Eddie n’écoutait pas de musique en dehors de celle qu’il composait. Quand on lui demandait ce qu’il pensait du dernier album de tel artiste, Ed répondait qu’il n’en savait rien... Ni Radiohead, ni Metallica, ni Muse, ni Pink Floyd. Ils connaissaient les nom de groupes, mais pas leur musique. Le dernier artiste dont il se souvienne avec plaisir était Allan Holdsworth. "Mais honnêtement, est-ce que cela fait de moi un sale con si je ne connais pas la musique de ces mecs?". Il oubliait même parfois les paroles des chansons de VAN HALEN qu'il n'avait pas écrites lui-même. Au grand dam de son épouse, il n’écoutait pas non plus la radio lorsqu’il conduisait, préférant entendre le bruit du moteur.

 

- A ses débuts sur les gros festivals, VAN HALEN n'était pas encore très connu par les grandes têtes d'affiche. Les autres groupes se moquaient d'Eddie car il installait son matos lui-même, et qu'il avait fixé ses pédales d'effets sur une simple planche avec des vis et du scotch. Tout le monde pensait qu'il allait avoir un son ridicule avec ses pauvres petites pédales attachées ainsi. "Je me souviens d'une fois où on jouait juste après Ted NUGENT. Il me vannait en me voyant brancher vite fait mon petit pedalboard. Vous auriez dû voir sa tête quand j'ai mis en route mon ampli et que j'ai démarré ERUPTION! Le volume assourdissant et le son de mes petites pédales a mis tout le monde d'accord!"

 

- Lorsqu’il recevra l’appel de Quincy Jones pour enregistrer le solo de guitare sur « Beat It » de Mickael Jackson, il raccrochera 2 fois pensant avoir affaire à un farceur. Mais Quincy Jones le rappellera en disant « C’est vraiment moi, mec ! Et je veux ABSOLUMENT que ce soit toi et personne d’autre pour jouer un solo sur un morceau du prochain album de Mickael Jackson».

 

Deux monstres sacrés de la musique du XXème siècle!

- Toujours sur l’histoire de « Beat It »: lorsqu’Ed arrive au studio, Steve Lukather ( TOTO) avait déjà enregistré toutes les guitares rythmiques. Eddie a reçu carte blanche pour le solo. Il a demandé aux techniciens du studio de modifier la construction de la chanson pour cette partie, puis a joué d’un seul trait un solo improvisé. Deux prises, mais la première était déjà la bonne! Une minute plus tard, Mickael Jackson arrive à l’improviste ( il était dans la cabine d'enregistrement à côté, pour des prises de voix pour le film E.T.) et demande à écouter le résultat. Eddie se souvient parfaitement de ce moment-là : « J’étais encore dans la cabine d’enregistrement quand Mickael est arrivé dans la control room. Et vous savez, les artistes sont des gens hyper-sensibles qui ont parfois des réactions assez bizarres ! Il avait l'air encore ému par l'enregistrement qu'il venait de faire pour E.T.... Je pensais qu’il allait très mal prendre la façon dont j’avais réarrangé la section du solo, et qu’il allait me faire virer du studio après m’être fait tabasser par ses gardes du corps. Mais au contraire, son visage s’est illuminé et il m’a dit « Waouh, merci Eddie, ce que tu as fait est vraiment super! J’apprécie que tu aies pris le temps de vouloir rendre le morceau meilleur. C’est vraiment génial, j’adore ! ». Eddie ne s’est alors pas attardé au studio, et s’en allé aussitôt. Tout se sera passé en seulement vingt minutes!

 

- Mais la malchance sera triple pour le prodige de la six cordes.

1-D’abord, le magnéto qui avait servi à enregistrer le solo n’avait pas enregistré à la bonne vitesse et la bande était inutilisable. Il a donc fallu refaire appel en urgence à Steve Lukather pour qu’il réenregistre le solo d’Eddie en suivant les mêmes notes qu’avait joué Ed. Donc sur la version finale du disque, c’est bien Lukather qu’on entend jouer. MAIS... selon Steve, c'est pourtant bien Eddie qu'on entend sur la bande, et il n'y a pas eu de vrai problème de magnéto. A la demande de Quincy Jones, il a baissé le gain car le solo d'Eddie sonnait trop hardrock pour le morceau. Qui donne la bonne version de l'histoire?

2- Ensuite, histoire d’appuyer encore un peu plus là où ça fait mal, Eddie regrettera longtemps d’avoir composé ce solo. « Avec VAN HALEN, on pensait tout pulvériser en terme de vente avec notre album "1984", mais Mickael Jackson était déjà très grand, et ses disques ont littéralement tout emporté à chaque sortie! Le notre n’a pas eu l’aura qu’il méritait à cause de celui de Mickael ».

3- Et pour finir, Ed ne recevra aucune compensation financière pour ce solo. La rumeur veut que ce soit sa décision personnelle, car tous les membres du groupe avaient convenu de ne jamais faire de chanson ou de participation dans son coin afin d'éviter des tensions entre eux pour des histoires de sous ou d'égo. En refusant d'être payé, Ed pensait se dédouaner auprès de ses comparses. Plus tard, tout le monde lui dira qu'il a été dingue de refuser une rémunération, mais Eddie répondra à chaque fois qu'il s'en fout!

 

Steve LUKATHER et Eddie VAN HALEN

 

- Généreux, Edward savait l’être. Quand il avait fini de réparer un ampli pour passer le temps, il l’offrait à quelqu’un de son entourage. Lorsque Dimebag DARRELL, guitariste de PANTERA, se fera assassiner, Eddie sera présent aux obsèques car Dime était un fan absolu du groupe. Ironie ultime : 3 semaines avant son assassinat, Dime rencontrait pour la première fois Eddie, et avait proposé de lui acheter une guitare montée et peinte par ses soins pour un montant de 30.000 dollars. "Un guitare fabriquée par Eddie, putain j'en rêve!". Ed avait répondu qu'il réfléchirait car c'était quand même beaucoup d'argent pour une simple guitare... Lors des obsèques, Eddie tendit à Rita, la petite amie de Dimebag, la véritable "Yellow Stripes" ( la guitare que l'on voit sur le deuxième album de VAN HALEN) en disant "Il faut une guitare originale pour quelqu'un qui l'était aussi, pas une copie". Rita savait combien cela tenait à cœur au barbu rouge! En plaçant la guitare entre les mains de feu Dimebag, elle dit "Tu vois chéri? Tu l'as eu, finalement! Je suis sûre que tu es très heureux qu'Eddie t'offre une des siennes."

 

 

La "yellow tripes" repose en paix avec Dimebag DARREL

La "yellow tripes" repose en paix avec Dimebag DARREL

- Bricoleur, Eddie le sera très tôt. Sa philosophie : c’est à ses instruments de s’adapter à lui, et non le contraire. Il créera des guitares à partir de pièces détachées de stratocaster qu’il nommera ses "Frankenstrat". Il les peindra avec des bombes de peinture automobile avec le fameux motif «strip» qui sera son signe distinctif et qu’il appliquera un peu partout. Pour les amplis, il n’hésitera pas non plus à bricoler l’électronique lui-même : « une fois, j’avais débranché mon gros ampli Marshall et j’ai commencé à mettre les mains dedans en pensant que cela suffisait pour ma sécurité. Mais d’un coup, j’ai attrapé une décharge électrique si violente que j’ai fait un bond de deux mètres en arrière, et j’ai vraiment failli y laisser ma peau».

Le maître à l'établi!

En bricolant ses amplis, Eddie voulait obtenir le maximum de saturation possible, ce que les guitaristes appellent encore aujourd’hui le "Brown sound" pour faire référence au son qu’il employait au début de sa carrière : un son avec des tonnes de gain mais qui ne sonne pas rêche! Au contraire, le son était très organique, liquide, et très chaud contrairement à ce qu'on obtenait avec des disto trop métal criardes et glaciales! C'est Eddie qui a inventé le terme "Brown sound" en parlant du son de la caisse claire que son frère Alex obtenait en jouant. "Je veux que mon son de guitare soit pareil : majestueux et énorme! J'utilise mon ampli Marshall Super Lead que je booste avec un Variac et je met le volume le plus fort possible."

Plus tard, il créera sa nouvelle signature sonore avec l’ampli PEAVEY 5150, véritable monstre de gain, qui encore aujourd’hui est un best-seller parmi les amateurs de métal. Pour info, le 5150 est un code de la police californienne signalant une personne mentalement instable. Eddie mettra ce chiffre un peu partout sur son matos.

La première version du 5150! La meilleure à mon sens!

 

- Avec ses compères, Edward en avait marre d’avoir affaire à des promoteurs foireux. Ils ajoutèrent donc dans leur contrat une clause assez étrange : « avoir des M&M’s dans les loges, mais surtout pas de couleur marron ». Si le promoteur ne respectait pas cette condition, cela voulait dire qu’il n’avait pas lu le contrat avec attention, et que le groupe avait affaire à un amateur, ou que la sécurité des gens ne serait probablement pas respectée.

Il est même arrivé que leur matos passe au travers du plancher de la scène à cause du poids, manquant de tuer du personnel... Tout ça car le promoteur ne lisait pas tout le contrat, notamment les prérequis pour les normes de sécurité. Certains profiteurs installaient une scène à la va-vite pour être sûrs que le groupe joue afin de s'assurer une rentrée d'argent, mais en rognant sur les dépenses du matériel indispensable.

L'anecdote des M&M's sera reprise sous forme de pastiche dans le film «Wayne’s World 2» mais en disant qu'il fallait trouver 1000 M&M's bruns pour Ozzy Osbourne pendant une tournée au Sri Lanka 😂

 

-Eddie aimait rouler vite... Trop vite! Il se montrera plutôt déraisonnable avec la vitesse, s'imaginant volontiers rouler sur une autoroute allemande plutôt qu'en ville. Deux anecdotes assez cocasses méritent d'être contées :

- un jour, Ed roule comme un idiot en ville et dépasse la vitesse autorisée de plus de 60 km/h. Un agent le flashe, et ce dernier retourne à la fin de son service au commissariat. Au moment d'éplucher les amendes, l'agent montre au commissaire en chef l'image de la voiture d'Eddie. Après vérification, le nom "Edward VAN HALEN" apparait à l'écran. Le commissaire ordonne aussitôt à l'agent "Fait-lui sauter son amende tout de suite! On ne met pas d'amende à Van Halen!". Et oui, le commissaire était fan du groupe, et a même écrit un petit mot à Eddie pour lui raconter l'affaire. 😁

Eddie et sa Lamborghini Miura de 1970

 

- la deuxième histoire concerne Gene Simmons ( toujours bassiste de KISS, celui qui avait découvert le groupe). Comme il le dit lui-même : j'étais invité à une soirée chic, et on avait prévu de me raccompagner chez moi dans une superbe limousine avec chauffeur. Au moment de partir, je croise Eddie qui était là par hasard. Il est tellement content de me voir qu'il insiste pour me raccompagner avec sa propre voiture. J'hésite un peu, mais finalement j'accepte. Je renvoie donc la limousine, et Ed me guide au parking où se trouve sa bagnole... sauf qu'il n'était pas venu en voiture, mais en 4x4! Le genre d'engin énorme qui n'a ni portières, ni toit! Bon, soit... Je m'installe, j'attache la ceinture ( c'est le même type de ceinture qu'on a dans les avions, c'est-à-dire seulement au niveau du ventre), et Ed démarre en trombe. Sauf qu'il commence à accélérer et à rouler de plus en plus vite. Et là, je commence à ne plus me sentir très bien : la route défilait juste à coté de moi à une vitesse folle. Ed prenait les virages serrés, et j'ai vraiment flippé! J'ai commencé à lui crier "RALENTIS, MAIS RALENTIS!". Mais Eddie a simplement tourné la tête vers moi très surpris, et m'a fait tout naturellement : "Bah... Pourquoi?".

 

 

- Pour l’enregistrement du morceau « Poundcake », Eddie enregistrait un riff en studio lorsqu’il entendit un son dans son ampli émis par le son d’une perceuse qui était utilisé à proximité. Fun fact : le son émettait dans la bonne tonalité du morceau. Ed a récupéré cette fameuse perceuse et utilise toujours celle-ci en live pour l’intro de cette chanson.

Une perceuse bien calibrée dans sa tonalité!

Une perceuse bien calibrée dans sa tonalité!

- Rancunier, Eddie le sera aussi! Surtout avec ses anciens camarades de groupe, mais aussi lorsqu’il se fera flouer en business.

En voici un exemple : "Dès le début de ma carrière, j’ai appris à beaucoup jouer avec le vibrato standard à 6 points qu'on trouve sur les strat'. Mais cela désaccordait trop vite ma gratte. Un jour, un mec nommé Floyd Rose s’est pointé à la fin d’un de nos concerts et m’a proposé d’essayer un de ses prototypes de vibrato qui ne se désaccordait pas. J’ai joué et j’ai trouvé ça pas mal du tout... Pas parfait, mais très prometteur!

Comme j’avais appris à jouer du violon étant gamin, je lui ai dit que s’il y avait des petites molettes de réglages semblables à un chevalet de violon en plus de son système actuel, ce serait encore plus précis.

Le gars m’a dit qu’il allait faire la modification et qu’il reviendrait me le faire essayer. Mais là, plus aucunes nouvelles de lui. Plus tard, j’ai appris que ce trou du cul avait fait la modification dont je lui avais parlé, qu'il avait ensuite déposé un brevet, et qu'il s’en était attribué tout le mérite. Il fait un business florissant depuis des dizaines d'années grâce à mon idée". Las! Eddie fera donc fabriquer son vibrato chez Gotoh!

Eddie usera et abusera du vibrato, mais pas celui fabriqué par Floyd Rose

 

- Des problèmes de santé, Eddie en connaîtra beaucoup:

D’abord l’alcool et la cocaïne : Eddie devient accro à la vodka dès l’âge de 12 ans, et devient alcoolique tout comme son père. "L’alcool, c’était pour me désinhiber. C'était quelque chose de courant à la maison quand j'étais môme, car mon père était souvent bourré. Mais la cocaïne, je la prenais pour rester éveillé. Je n’en prenais que lorsque j’étais seul, je ne voulais pas qu’on me voit". Certains roadies remarqueront souvent des traces en formes de lignes blanches sur ses têtes d'amplis quand il sortait de studio. Une fois, Ed et David Lee ROTH passeront la nuit avec une groupie. Tout le monde était complètement bourré, et l'alcool rendant très con, Dave et Ed déverseront pour se marrer sur la pauvre groupie à moitié nue un immense tas d'ordures trouvés dans une poubelle. Mais le lendemain, la fille portera plainte contre eux pour cette humiliation. Le guitariste regrettera amèrement son comportement, et fera désormais attention à ses excès lorsqu'il ne sera pas seul.

Ed aura été deux fois en cure de désintox suite à des comportements un peu trop «borderline» avec l'alcool, et ne sera réellement sobre qu’en 2008.

Puis vient le souci de l’ouïe : les frères Van Halen mettront souvent le volume bien au-delà du seuil raisonnable, même en studio. Heureusement, pas de problème d'acouphènes, ni de stabilité du tympan. Mais une perte notable du volume dû à des années de concert sans protection auditive.

Ensuite la hanche lui fait défaut : un de ses os se nécrosera. Eddie se fera régulièrement opérer pour faire changer tous les dix ans une prothèse.

Dernier problème, et pas des moindres: la cigarette! Le hollandais volant tirera bien trop dessus! Enchaînant clope sur clope, mélangées aux hectolitres d’alcool, il développera en 2001 un violent cancer de la langue, l’obligeant à se faire retirer un tiers de celle-ci ( ce qui altérera légèrement sa diction). De plus, la moitié de ses dents pourriront très vite tandis que d'autres tomberont rapidement, l'obligeant à subir une énorme intervention chirurgicale pour se faire remplacer toute la dentition.

Trop de cigarettes + chimiothérapie =dents pourries!


Mais ce ne sera pas pour autant qu’il s’arrêtera de griller sa tige, accrochant régulièrement ses cigarettes allumées sur la tête de sa guitare pendant les concerts comme au temps de sa jeunesse. Ne voulant pas s’avouer à lui-même la vérité, il dira régulièrement aux médias que son cancer était survenu à cause des médiators en métal qu’il mettait régulièrement à la bouche lors du jeu en tapping. Mais les médecins réfuteront en bloc cette théorie!

 

Suite à son premier cancer, Eddie aura un changement d’attitude notable, comme une sorte de fuite en avant. Il a de l'argent, de la notoriété, de la reconnaissance... Mais au fond de lui, ça ne va pas...

Eddie pendant le traitement de son 1er cancer

Séparé de Valérie Bertinelli à cause de son comportement avec la dope (et aussi parce qu'à peine mariés, ils sont vite allés voir ailleurs chacun de leur côté), iI se rapprochera de personnes impliquées dans les films pour adultes. Il composera d’ailleurs tout seul une chanson instrumentale nommée « Catherine » pour un film de ce genre.

Véritable catharsis, c’est au travers de ce titre que sa souffrance physique et morale sera exprimée pleinement dans un long solo torturé et sensible... parce que oui, à partir de là, Eddie ne sera plus jamais moralement bien.

Tentant de reprendre du poil de la bête, Ed n’est pourtant plus le même qu’au début de sa carrière, comme s’il essayait de s’imposer face à sa propre vie. Le sourire est toujours là, mais ses yeux trahissent une certaine vision de la vie plus triste, plus résignée. Bien que vivant dans la sphère du star-système, il s’y adapte tout en ayant l’impression de ne pas en faire vraiment partie. Il a vaincu le cancer, mais tout comme sa diction, il a l’impression d’avoir perdu bien plus que cela. Et comme dans sa jeunesse, il participe aux fêtes de ses amis, mais n’y prend pas réellement plaisir. Sauf qu’à présent, ça se remarque vraiment!

A cela s'ajoutent les engueulades avec les divers chanteurs et le bassiste de toujours Mickael Anthony, des succès commerciaux avec des hauts et des bas, etc. En 2009, il épouse Janie Liszewski , ancienne cascadeuse de films, espérant s'offrir un avenir plus heureux. Il continue les concerts vaille que vaille, avec son fils comme bassiste dans le groupe.

Son matos guitare signature chez PEAVEY se vend bien, mais des embrouilles surviennent entre Eddie et le PDG de la société : Hartley PEAVEY.

Hartley PEAVEY, PDG de la société du même nom

Tout commence d'abord avec le comportement d'Eddie lorsqu'il commence à annuler coup sur coup ses apparitions en public, alors que son contrat avec PEAVEY stipule qu'il doit être présent lors des grandes présentations de nouveautés en amplis et guitares. Mais Ed est trop saoul, et parvient parfois à peine à tenir son médiator lorsqu'il daigne se présenter dans les conventions. A force d'annulations successives, PEAVEY commence à perdre son image de marque, tandis qu'Eddie exige de plus en plus d'argent à Hartley pour continuer à représenter la marque.


Un jour, Ed découvre que les baffles d'amplis portant sa signature et vendus dans le commerce ne sont pas fait avec le bois qu'il a demandé. Hartley lui répond "Mais enfin, ça sonne pareil, et personne n'entend la différence! Et surtout ça ne coûterait plus du tout le même prix à fabriquer". Piqué au vif, Eddie exige qu'on mette en ligne 10 baffles : 9 identiques à ceux du commerce, et 1 fabriqué dans le bois qu'il exige. "Ne me dites pas lequel est le bon! Je vais vous le dire, moi!". Il se met à jouer une seule note pendant 30 secondes sur chaque baffle, puis sans hésiter, il pointe du doigt l'un d'entre eux :"C'est celui-ci le bon baffle! Je reconnais le son immédiatement!". Bingo! Mais cela entamera la confiance d'Eddie envers la compagnie.

Il crée plus tard sa propre marque de guitares et d’amplis sobrement nommée "EVH" ( fabriqués par la compagnie FENDER), un bon business qui lui occupe l’esprit lorsqu’il n’est pas en tournée.

La marque EVH

Les amplis EVH seront une continuité des amplis 5150, une sorte de version III. Cependant, ils sonnent un peu plus rêche que la première ou deuxième version que PEAVEY avait réalisé.

 

En 2009, Ed découvre commencer à  beaucoup souffrir d'arthrite au niveau du poignet et se fait opérer secrètement par un prestigieux chirurgien en Allemagne à base d'implants de cellules souches. Le résultat lui permettra de reprendre la guitare presque normalement, même si un peu de rééducation sera nécessaire pour assurer les tournées.

Entretemps, il continue à donner des interviews dans le monde entier, même s’il préfère que cela se passe chez lui, dans son studio d’enregistrement "5150". Il est OK pour parler à quelques journalistes triés sur le volet, à condition qu'on lui donne à l'avance la liste des questions, et que les journalistes ne lui demandent rien sur des sujets épineux.

En fin d'année 2019, quelques signes avant-coureurs font comprendre que sa santé va vraiment mal depuis quelques mois ( notamment une photo où on voit qu'il n'a presque plus de cheveux sous sa casquette), mais que ce n'est pas encore désespéré...

Eddie nous a brusquement quitté le 6 octobre 2020 d’un cancer de la gorge à 65 ans.

Un raz-de-marée de messages est aussitôt apparu sur les réseaux sociaux et dans les journaux du monde entier en hommage au maestro. Absolument TOUS les guitaristes du monde ont été émus, bien plus qu’à la mort de Jimi HENDRIX. Un véritable événement mondial fédérateur, allant des jazzmen jusqu'aux métalleux extrémistes !

Le MOZART du hardrock : hommage à Eddie VAN HALEN

Fait assez rare, même les périodiques français ont parlé de son décès et de son génie. Certains néophytes ignorants ont résumé trop facilement sa carrière au titre « Jump », et à ceux-là, on peut pardonner. Mais d’autres plus acerbes ( comme Louis Nadau du journal « Marianne ») firent des articles sur un groupe dont ils ne connaissent manifestement rien vu la teneur incohérente des propos. La réaction des professionnels français ( Patrick RONDAT, Yannick ROBERT, Renaud HANTSON, Axel BAUER…) ne se fit pas attendre pour les remettre à leur place en pointant leur amateurisme.

 

Je tiens à saluer la mémoire d’Eddie pour sa colossale contribution musicale et matérielle au monde de la guitare électrique, du rock au sens large du terme, et des frissons qu’il nous a donné. Inconsciemment, en me repassant tout ce qu'il a réalisé, je me rend compte de l'impact qu'il a eu sur moi en tant que musicien et guitariste. Merci Monsieur pour ce que vous nous avez offert! Je m’en vais réécouter le live « Right here, right now » en votre honneur.

 

Merci d'avoir lu jusque là! J'en profite aussi pour partager des petites astuces en vidéo pour les débutants en tapping. Enjoy!

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